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Lilium

Je suis une donnée aberrante. Le point hors zone qui fait mentir les statistiques. Je n’entre dans aucun cliché, malgré que je les contienne tous à la fois. Je suis et ne suis pas forte et fragile, douce et ferme, généreuse et égocentrique, extravertie et timide, brillante et naïve, empathique et exigeante, aimante et froide, vaillante et négligente, ouverte et réservée, docile et sauvage, sûre et inconstante, loyale et souveraine, digne et complexée, scrupuleuse et téméraire, sensible et résiliente. Je suis tout et rien à la fois.

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L’amour-placenta

Y’a quelque chose de brisé en dedans de moi. Je sais plus trop si c’est au niveau du cœur ou du cerveau. Je pense que c’est dans le cerveau. J’ai dû manquer d’air à la naissance ou quelque chose.

T’sais que j’ai failli mourir c’te jour-là. Ma mère accouchait dans un hôpital de campagne en même temps que deux autres femmes, pis y’avait juste un médecin. Faque y’a fallu qu’a se retienne de pousser un bout. Genre une dizaine d’heures. J’ai dû comprendre qu’a voulait pas de moi pis c’est pour ça que je pense toujours qu’on veut pas de moi même quand on me serre contre ses reins. That’s it, c’est dret ça. Je viens de sauver 3000$ de thérapie.

En vrai le problème c’est que j’aimerais ça qu’on m’aime mais que le monde me tape ses nerfs. Genre je veux de l’attention mais je veux pas entretenir ça des conversations sur tout et rien. J’oublie toujours la date de fête du monde pis je peux pas te dire ce que le trois-quart de mes amis font dans vie. C’est gênant quand mon père me demande des nouvelles du monde parce que je suis obligée d’improviser. Lui aussi il s’en fout au fond, quand on soupe chez lui faut fermer la télé sinon il va regarder le golf sur mute au lieu de jaser avec nous. Mais il a une bonne mémoire pour les futilités alors ça passe bien.

L’affaire c’est que je voudrais être aimée mais genre juste par une personne. J’aimerais ça être the shit pour quelqu’un, comme ça je recevrais assez d’amour d’un seul endroit pis j’aurais besoin de me souvenir de juste une date de fête en échange. C’est peut-être mon TDAH aussi t’sais j’hyperfocus pas mal quand je date quelqu’un j’oublie même de manger.

Pis là je développe des frustrations chaque fois que je reçois une notification pis que c’est pas le dude sur lequel j’obsède dans le moment présent. J’aurais envie de bloquer tout le monde pour être sûre de pas me faire de faux espoir chaque fois que j’entends la cloche de Messenger. L’affaire c’est qu’il faudrait que le dude en question se fasse aller la cloche pas mal souvent pour répondre à mon besoin d’attention vu que je pense qu’il veut pas de moi même quand je suis nichée au creux de ses reins.

Pis le dude il comprend jamais ça, il trouve que je suis too much pis il met les breaks, comme ma mère qui voulait jamais finir par accoucher. Faque moi je me dis que c’est d’la marde pis que je mérite mieux pis je le crisse là. Mais au fond de moi je m’accroche quand même à l’espoir qu’on veuille de moi pour vrai pis j’attends. Sauf qu’y’a jamais de médecin pour venir me sauver après coup. J’attends pis y’a rien qui se passe. Faut que je me réanime le cœur toute seule. C’est épuisant.

Chaque fois, je suis surprise d’être capable de le repartir. Au fond, il serait supposé être mort y’a presque trente ans, pendant que ma mère attendait le go pour accoucher, pis qu’une infection s’est développée dans son placenta. Le médecin lui a dit qu’il en avait jamais vu un dans un aussi mauvais état. C’est down en criss quand la première sécurité que t’as dans vie essaie de te tuer. D’un autre côté, ça m’a appris à m’arranger toute seule pis à me repartir le cœur chaque fois qu’il manque s’arrêter pour de vrai.

Mais ça je l’oublie quand je date quelqu’un. Parce que j’hyperfocus sur l’amour-placenta qui est en train de m’étouffer. Je vois pu le monde autour qui continue de tourner pis qui est quand même pas pire beau. Je veux juste que l’autre me sécurise. J’arrête de respirer pis j’espère que l’autre va me remplir les poumons avec son air. Pis quand l’autre fini par couper le cordon parce qu’il en peut pu, je braille assez fort pour me venger du jour de ma naissance où j’ai pas pu brailler parce que j’étais trop occupée à pas mourir.

L’histoire, c’est que ce je cherche vraiment, c’est un placenta qui soit pas tout troué. Je veux pas d’amis ni de chum, juste une grosse poche amniotique qui engourdirait toutes les blessures que je me suis faite sans elle. Je sais pas si ça serait efficace comme petite annonce : Jeune femme cherche grosse poche pour relation fusionnelle.

C’est ironique quand même. Que je me sois tellement battue pour pas mourir ce jour-là, pis qu’astheure, j’aie tellement peur de vivre pour vrai. Tellement que j’aime mieux me câlisser du monde que de risquer de me rendre compte qu’il se câlisse de moi, que j’aime mieux rester encabanée chez nous que de partir à sa découverte, pis que j’aime mieux l’idée de mourir que de brailler encore une fois. Sauf que je meure jamais.

« Elle voulait vivre, votre fille », qu’il a dit le médecin à ma mère. Ça doit être pour ça que je me restarte le cœur quand même chaque fois.

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Quelque chose comme la fin du monde

J’ai toujours aimé les dystopies. Je sais pas pourquoi, je trouve ça romantique. C’est peut-être que j’ai lu trop de romans d’époque, ou peut-être que je suis juste pas faite pour le confort moderne. Reste que j’aimerais ça me réveiller un matin et me rendre compte que le reste de l’humanité est allé chez le yâbe.

J’aimerais ça, que tout s’efface. Qu’il n’y pas de passé à prendre en compte, pas d’avenir tracé d’avance. J’aimerais ça me réveiller un matin et que ma seule préoccupation soit de me construire un abris pis de me trouver à manger. J’aimerais ça apprendre à vivre égoïstement selon mes besoins, et pas au gré de ceux du reste du monde. J’aimerais ça que mon restant d’instinct de survie se manifeste pas juste à travers des crises d’anxiété.

Je sais ben que tu peux pas comprendre, mais, à mes yeux, t’as été ce qui se rapprochait le plus d’une dystopie moderne. Avec ton île du bout du monde où tu veux retourner, même si y’a rien là-bas, même si la civilisation qui s’y trouve est en train de s’effriter, même si l’avenir y semble incertain. De là, tu disais, le reste du monde a l’air de tourner ben trop vite.

J’aurais aimé ça que tu m’y emmènes, sur ton île perdue. J’aurais aimé ça qu’on se construise une cabane pour pas mourir de froid, qu’on cultive des patates pour pas mourir de faim, qu’on fasse l’amour pour pas mourir d’ennui. J’aurais aimé ça qu’on n’ait rien d’autre à faire la nuit tombée que de composer des chansons au bord d’un feu de camp, pis de compter combien y’a d’étoiles dans le ciel. J’aurais aimé ça qu’on oublie le passé, l’avenir, nos peurs irrationnelles pis nos angoisses modernes. J’aurais aimé ça que la terre tourne un peu moins vite autour de nous.

J’ai rêvé à toi, y’a pas longtemps. J’étais sur ton gros rocher de bout de pays, mais tu n’étais pas là. Il n’y avait personne d’autre que moi. Je me suis arrêtée à côté d’une cabane de pêcheur abandonnée, et j’ai eu une impression de déjà-vu. Je connaissais cet endroit-là pour l’avoir déjà vu dans tes yeux. J’ai pensé qu’il aurait été doux, à ce moment précis, que tu viennes nicher ta main dans la mienne. J’ai franchi le pas de la porte, et j’ai eu la certitude que je ne pourrais plus jamais repartir. Parce que j’étais enfin chez moi.

C’est ce qui me manque, quand je pense à toi. Ce rêve-là, qui ne m’avait plus rendu visite depuis longtemps, de trouver mon point d’ancrage, de donner du sens à tout ce que je suis, de vivre quelque chose de plus grand que moi. Quelque chose comme la fin du monde.

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L’éphémère

Tes mots me sont rentrés dedans comme un coup de poing. Ça m’a estomaquée pis ça m’a fait peur surtout de la douleur que je sentais pas encore mais qui devait ben s’en venir. Tu m’as laissée comme ça avec leur écho qui n’avait aucun sens. J’ai attendu la douleur mais elle n’est pas venue. J’étais prête pourtant, j’avais mis ma mite pour parer les coups mais rien.

C’est dommage quand on y pense parce que la douleur au moins c’est un ressentiment pis c’est pas mal ce que je peux me permettre qui se rapproche le plus d’un sentiment depuis que j’ai laissé mon coeur sur la table d’un marché aux puces glauque dans un village où personne va jamais. Depuis je sais plus comment parler l’amour. Je ne sais plus les mots ni pourquoi les dire. J’ai oublié.

C’était une autre vie où ça me chavirait à l’envers pour de vrai de les penser ou de les entendre. Astheur, ils font un bruit sourd dans ma carcasse, puis ils se répercutent contre elle de moins en moins fort comme le rebondissement d’une balle de tennis projetée par une machine, qui s’atténue lentement parce qu’il n’y a personne pour prendre le service. Je sens les oscillations mécanique dans mon ventre pis je crois me souvenir que c’est pas là que je devrais les sentir mais c’est comme ça maintenant je ressens les choses avec mon estomac c’est pas pour rien que je mange autant.

Ça a l’air triste mais c’est pas si pire au fond t’sais j’ai pu peur de la mort ni de la vie parce que je sais que ça rime à rien de toute façon je suis devenue nihiliste. Nihil c’est du latin pis je l’aime ce mot-là ça veut dire rien mais ça veut pas rien dire genre s’il y a bien quelque chose qui existe mais pas en même temps pis que tout le monde ressent c’est le vide pis moi j’aime ça les oxymores ça me réconcilie avec ma propre absurdité.

J’aimerais ça te dire que t’es pas tout seul à avoir peur mais la vérité c’est qu’au fin fond de moi ça fait un bout que j’ai accepté que je changerai pas le passé les blessures les regrets la tragédie humaine qu’on répète d’un bout à l’autre de nos pertes de mémoire quand on s’imagine que personne s’est jamais remis d’une peine d’amour. L’affaire c’est qu’on s’en remet mais que ça brise le rêve naïf qu’on continue de propager pour faire semblant qu’on le sait pas que l’amour c’est rien qu’une question de survie de l’espèce. Moi je pense que l’espèce s’en sort assez mal sans que j’y rajoute mon grain de sel alors j’ai pu peur de la mort ni de la vie ni de toi ni de moi qui nous mélangeons dans un tableau éphémère que personne regardera jamais.

Quand je dis que j’ai peur au fond c’est parce qu’il me vient des coups dans le ventre, mais c’est juste des soubresauts de mon ancienne vie quand je croyais encore qu’y a pas juste le vide qui existe mais pas en même temps. J’en ai ressenti des affaires pas possibles pis j’en ai bu debout des histoires jusqu’à me noyer dedans quand la dernière page était tournée pis que les larmes me remplissaient la solitude. Jusqu’à ce que j’en pogne une avec un point final pas de suite de deuxième tome d’adaptation possible erien nada caput final bâton the end. Je suis restée bête une coupe d’années pis c’est après ça que j’ai échangé mon coeur contre une vieille chaise berçante. Je sais pas je me suis dit que c’était probablement pas plus utile mais qu’au moins il y avait de la poésie dans sa désuétude. Je me couche dedans des fois en pensant à l’absurdité de nos deux existences à elle pis moi.

Des fois je réussis à me faire croire que j’ai peur pour vrai pis je ressens quelque chose comme de l’appréhension mais euphorique ça doit avoir un nom c’te feeling-là c’est comme rien mais je l’ai oublié lui avec pis là je me dis d’un coup que la douleur rentre ben comme faut assez pour que je ressente de quoi pour vrai que ça réveille ce que j’ai d’éteint pis que j’oublie moi aussi que la vie n’a pas de sens parce qu’elle en a pas c’est vrai je te le jure mais juste depuis que j’ai oublié ce que ça veut dire je t’aime.

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Mon corps est une page blanche

L’hiver me donne un teint de porcelaine j’ai l’air précieuse je trouve. Je sais pas on dirait que la lumière est plus blanche que d’habitude faque ça parait moins que ma peau est déficiente côté pigmentation. J’ai l’air d’une icône de la renaissance en plus j’ai des courbes de vraie femme astheure que j’approche la trentaine. Je veux dire j’ai toujours eu ces courbes-là mais elles jurent pu avec mon âge qui est maintenant idéal pour procréer. J’ai assez de hanches pour des triplets je pense que j’aurai pu travailler dans une ferme aussi j’ai les épaules vraiment fortes pas larges mais vraiment musclées genre que je peux pas mettre de chemise à manches courtes parce que ça sert trop. C’est de valeur que je veuille pas d’enfants. Mais j’aime vraiment les vaches faque peut-être que tout n’est pas perdu.

Justement l’été je suis moins belle parce que j’ai l’air d’une pinte de lait. Ma blancheur est comme un sacrilège ça éblouit faut quasiment mettre des verres fumés pour me regarder les jambes. En plus on peut pas dire que mes jambes c’est mon plus bel attrait sont pas allongées ni fines c’est comme deux boudins c’est limite drôle. En hiver on les voit pas je crois que ça aide à me rendre plus belle. Faudrait que je pense à remercier l’inventeur des jeans taille-haute.

Des fois l’hiver je regarde mon corps nu incandescent dans la lumière du matin. Je me sens comme une page blanche pis j’aimerais ça qu’on m’écrive de la poésie dessus. Je sais pas si c’est le froid ou le restant de sommeil mais j’aurais le goût qu’on dessine sur mon corps avec des bouts de doigts mais genre vraiment longtemps. J’aimerais ça qu’on me regarde mais genre vraiment longtemps.

Souvent je me sens comme une éclipse. J’attire l’attention sauf qu’on me regarde à travers un objectif pis surtout pas trop longtemps pour pas se brûler la rétine. Pis ça passe vite l’envie de me regarder pis d’être impressionné par mon corps céleste. J’aimerais ça être une lune qu’on regarde tous les soirs en la trouvant toujours belle même si on la connait par coeur. J’aimerais avoir une force d’attraction perpétuelle. J’aimerais ça qu’on puisse pas se tanner de moi.

Je voudrais qu’on écrive des poèmes sur mon corps vraiment longtemps.

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La fissure

Tu as fissuré le silence que j’avais réussi à contenir dans ma boite tellement hermétique que je me demandais si je n’allais pas asphyxier. D’habitude c’est le silence lui-même qui m’étouffe, mais là je lui ai donné une raison d’être pis je lui ai donné le droit de résonner aussi très fort à m’en faire chavirer le coeur. C’était pas ben dur parce que mon coeur tient jamais en place de toute façon. Je m’étais réveillée en sursaut quand je me suis rendu compte qu’il n’y avait pas un bruit pour me réveiller pis ça m’avait fait mal un peu mais ça avait aussi donné un sens à mon silence à moi qui existe presque pas sauf quand je réussis à empêcher mes mots d’aider les autres à me faire souffrir pis là je voulais vraiment juste pas avoir mal plus qui faut. J’étais fière pour vrai. J’ai fini par comprendre qu’il y a pire que le silence pis c’est l’écho de ma voix qui parle toute seule pis qui attend une réponse qui vient pas. Des fois c’est mieux de se taire quand on a trop de choses à dire mais personne pour les entendre. Sauf que t’es venu lancer ta petite roche dans mon lac qui essayait dont de pas faire de vagues juste pour me rappeler que t’existes même pas parce que t’as une raison d’exister juste de même. Ça m’a fait plaisir deux secondes que t’aies envie que je le sache mais après je me suis dit que moi aussi j’existe mais que ça tu t’en fous pas mal pis que c’est ben pour ça que ça sert à rien de le briser le maudit silence. Si au moins t’avais eu quelque chose à dire j’aurais pu m’empiffrer avec dans mon gros creux d’amour pas propre mais au final ta roche elle a juste fait un plouf que je vais devoir oublier comme le reste. Le silence est revenu mais la boite est moins hermétique pis je t’en veux un peu parce qu’il y a juste toi qui puisse gagner du fait qu’elle s’ouvre pis c’est pas fair de juste lancer une roche pis de réussir à scrapper mes résolutions de fille qui veut se respecter. Allô chu là me vois-tu? Je sais pas pourquoi je m’entête à poser la question je la connais la réponse pis elle résonne sur les parois de ma belle grosse solitude qu’il faut que je réapprivoise astheur que t’es pu là. Sauf que je peux pas m’empêcher d’espérer que l’écho ça soit ta voix trop douce qui a besoin de mon porte-voix affectif, faque je te le tends en espérant fort ne pas m’humilier encore une fois quand je vais catcher que toi non plus tu vas pas le saisir pour me crier des mots qui font du bien. Là ma boite est toute éventrée j’espère que t’es content. C’est de ta faute aussi tout ça.

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Éclats

La nuit tire vers moi sa langue noire comme les griffures de mes mots sur le papier. Ma tête est le théâtre des tragédies qui s’imposent; je suis l’esclave des histoires qui foulent ma carcasse. Longtemps j’ai craint l’envahisseur mais je ne suis plus qu’un antre où l’on prend vie. Je suis l’humilité, engourdie et lasse. Repliée dans un coin de mon esprit je le laisse doucement me filer entre les doigts sans chercher à resserrer mon étreinte. Je vois s’étaler devant moi les routes d’encre et je suis libre enfin tandis que mon être y dessine des cercles imparfaits. Je suis l’obscurité. Il y a tout autour ces mots qui flottent sans fracas, sans violence, l’écho des autres qui m’habitent, appendices de mon âme évanescente qui ne connait plus la peur. Il n’y a qu’une certitude et c’est que la nuit n’est pas éternelle. Mon crâne ira se fendre sur ses frontières et à travers mes fissures s’évadera l’écho dans la froideur ébène. Le jour se lèvera sur mon corps creux et l’on entendra résonner ma nuit, ma voix par centaines dans l’esprit humble des âmes en chute.

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Jusqu’à ce que s’ouvrent les portes

Longtemps, je me suis dit que je n’étais pas une vraie fille. Que j’étais un gars dans le corps d’une fille. Je ne me sentais pas étrangère à mon corps comme une personne transsexuelle, mais je n’avais aucune fierté face à mon sexe.

Les filles me tapaient dont sur les nerfs. Avec leurs conversations insipides, leur magasinage, leurs osties de cheveux, leurs crises de nerfs, leur naïveté.

Si je m’étais lancée dans n’importe quel projet, j’aurais choisi un gars comme partner. Les gars sont plus easygoing, plus le fun, plus drôles, plus imaginatifs, plus spontannés, plus aventureux, plus indépendants, pis sérieux, ils ont quelque chose à dire. Essaye d’avoir une conversation intellectuelle avec une fille toi. On va revenir ben vite à parler de ses osties de cheveux. Pis plus tard, de ses osties de vergetures.

Insignifiantes. C’était ça le qualificatif que j’octroyais aux femmes. Pis les femmes qui n’étaient pas insignifiantes étaient exceptionnelles. J’étais exceptionnelle, moi.

Mes amis étaient tous d’accord. « T’es pas une fille normale », « Oui mais toi, c’est pas pareil », « T’es drôle comparée aux autres filles », « T’es comme un gars avec des boules », « T’es ben plus originale que les autres filles », « T’es cool pour une fille », etc.

Pis je pensais la même chose.

Mais aujourd’hui, je me demande… combien sommes-nous à l’avoir pensé?

Combien sommes nous à avoir méprisé notre sexe? À avoir eu honte? À ne pas nous être reconnue dans l’image de LA Femme qui nous est présentée?

Oui, comme vous, j’ai pensé que les hommes étaient mieux que les femmes.  Jusqu’à ce que j’entende d’autres femmes COMME MOI prendre la parole. Jusqu’à ce que je comprenne que je ne suis pas une exception, un gars manqué, mais que c’est l’image que je me suis faite de la femme, image qui s’est construite à partir de l’imaginaire collectif, qui était ô combien réducteur!

J’aurais aimé ça en voir plus, des femmes comme moi. À la télé, dans les films, dans des bands de musique, au théâtre, dans des shows d’humour, dans les sports, dans les partis politiques, dans les regroupements d’experts interviewés à la télé, des femmes anthropologues, psychiatres, chirurgiennes, mathématiciennes, physiciennes, philosophes, chercheures, doctorantes. Des femmes brillantes. Des femmes drôles. Des femmes inspirantes.

Sauf qu’à la place, on ma présenté LA femme. Celle qui interview l’expert. Celle qui présente la météo. Celle qui rit des blagues de son co-animateur. Celle qui tient le second rôle, qui a moins de répliques que le gars et dont la majorité des répliques font référence audit gars, au cinéma comme ailleurs. Celle qui est pas drôle, mais charmante, pas originale, mais gracieuse, pas intéressante, mais à l’écoute, pas brillante, mais belle.

Alors quand j’entends dire que les balises imposées pour faire de la place aux femmes sont contreproductives, qu’on devrait fonctionner au mérite, ça me fait bien rire.

Parce que ce n’est pas aux femmes de mérite qu’on fait de la place, mais à LA femme, celle que l’homme a créé de toute pièce, qui correspond à l’image parfaite qu’il a modelée, qui ne représente pas un danger pour lui puisqu’elle a appris à se faire compétition elle-même, et, surtout, qui n’est pas là pour changer les choses.

Il FAUT forcer la place des femmes. Pour que nous n’ayons plus à batailler pour les prendre, nos places dans le monde. Pour nous permettre de dire que nous ne correspondons pas à l’image qu’on a fait de notre sexe, pour qu’on détruise une bonne fois pour toute cette image. Pour qu’il n’y ait pas UNIQUEMENT celle qui rassure l’homme cis blanc hétérosexuel en agissant comme il veut qu’elle agisse qui puisse se frayer une place dans les sphères de pouvoir et les sphères publiques pour représenter les femmes en adhérant au modèle unique de la femme belle qui se tait. Pour qu’il s’y trouve aussi des femmes qui ne répondent pas au modèle imposé, des femmes qui dérangent, des femmes dont les opinions diffèrent, dont les personnalités diffèrent, dont les physiques diffèrent, pour que chacune d’entre nous puisse s’y reconnaître et recouvrer la fierté d’être unique et complète, et pas de se sentir comme un produit en perpétuel construction et en quête de perfection, fierté qu’on nous enlève très tôt en nous apprenant que les garçons ont un pénis et que les filles n’en ont pas. Que notre sexe se qualifie par l’absence d’un pénis, et non par la présence d’une VULVE et d’un VAGIN.

Pour que, tranquillement, les filles prennent plus de place, aient davantage confiance en elles, pour que les garçons les voient comme leur égale, et les prennent dans leur équipe de ballon-chasseur. Pour que, plus tard, ces filles devenues femmes obtiennent des promotions aussi vite que les hommes, parce qu’elles savent qu’elles le méritent, et parce que les garçons devenus hommes n’auront pas eu de mal à partager le spotlight et à les laisser briller d’elles-mêmes. Pour que les hommes soient capables de faire confiance à une femme, de la voir comme une personne autonome, débrouillarde, ingénieuse, et qu’on la laisse animer un gala d’humour sans co-animateur masculin, ou reprendre la tête de l’entreprise de poulet familiale au lieu de la vendre à l’Ontario.

Oui, ça en prend des balises, si on veut finir par ne plus en avoir besoin.

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J’ai pas fait de sapin cette année

Ça y est. C’est enfin arrivé. Après vingt-huit ans, j’ai enfin réussi à ne pas déprimer à l’approche du temps des fêtes.

J’ai acheté mes cadeaux, j’ai organisé mon traditionnel souper de Noël durant lequel je reçois mes amis, tout ça en mode automatique, sans angoisse. Mais sans grand enthousiasme non plus.

Aujourd’hui, veille de Noël, je suis allée faire l’épicerie (parce que ça sera fermé demain), et j’ai ensuite changé mon embout de tuyau d’aération pour ma sécheuse, et j’ai peinturé en écoutant sans les regarder deux films de Heath Ledger. Pas full dans l’esprit des fêtes.

En allant sur Facebook, je suis tombée sur des dizaines de voeux de Noël, pis je me disais : « Calmez-vous, c’est pas Noël encore… » Même si je savais rationnellement qu’on était la veille de Noël, ce n’est que lorsque j’ai reçu un snapchat de la dernière personne avec qui j’ai eu une aventure et qui s’était forcément trompé de destinataire (parce qu’il ne faudrait surtout pas alimenter la bête névrosée en mal d’amour que je suis, surtout en ce temps de chaleur et d’amour) me montrant la gigantesque pile de cadeaux sous son parfait arbre de Noël familial que j’ai réalisé que le 24 décembre, c’est le réveillon.

Ça m’a comme rentré dedans d’un coup, le fait que des millions de gens sont en famille en ce moment, et que moi je suis toute seule dans mes gallons de peinture à faire cuire une unique cuisse de poulet pour mon souper en solitaire (ça aurait pu être encore plus pathétique, je mange souvent du Kraft Dinner). Mais ce minuscule pincement au coeur est parti aussi vite qu’il est venu, pis je suis allée photographier mon bambou dans ma salle de bain en guise de réponse. Moi j’ai ri. Mais sûrement qu’il a eu pitié un peu.

Pourtant je ne suis pas triste, pour la première fois de ma vie, de ne pas avoir une famille unie dans le temps des fêtes, de ne pas avoir de chum dans le temps des fêtes, d’être toute seule dans cette période où TOUT LE MONDE prend soin de crier haut et fort à quel point il est bien entouré et chanceux et heureux et comblé.

Je devrais sabrer le champagne en tête-à-tête avec ma douche moitié de moi-même pour célébrer ça, mais ça me tente pas. Comme ça me tente pas d’être à un réveillon ce soir. Pis c’est ben pour ça que j’étais en pyjama dans mon lit à 22h00 et que ça me fait pas de peine d’être toute seule. C’est parce que j’ai pas envie de plus que ce que j’ai right now dans ma vie.

Je suis vraiment en paix. Je me lève le matin, je comble les heures de la journée comme bon me semble pis je me couche quand je suis tannée d’écouter la télé ou bien fatiguée ou que j’ai juste hâte de recommencer ma journée de demain.

Je me contente de peu. C’est le fun, d’être bien. Sauf que le confort du cocon solitaire que je suis en train de me bâtir, il rend l’extérieur beaucoup moins attrayant. Ça me tente pu de sortir. De rencontrer du monde. Ça me tente pu de dealer avec ma peur du rejet qui me fait angoisser quand je socialise. Ça me tente pu de guetter avec peur la phrase de l’autre qui me fera capoter parce que je comprendrai à tort ou à raison que je l’ai déçu ou que je l’indiffère. Ça me tente pu de repasser en revue chacune des phrases que j’aurai dites, chacun des gestes que j’aurai posés, pour trouver ce que j’aurais pu faire de mieux pour être irréprochable et donc digne d’être aimée.

Faque je sors de moins en moins souvent. Je délaisse peu à peu mes loisirs. J’appelle de moins en moins mes amis. Je m’isole. Et je suis bien. Je sais que c’est pas sain. Pas que j’ai pas le droit d’être bien, mais c’est pas moi d’être bien comme ça. C’est pas vrai que je l’ai fait mon deuil de trouver un complice avec qui partager ma vie, avec qui le mot « famille » trouvera un sens. C’est pas vrai que soudainement, le bonheur des autres me fait pas envie. C’est juste que j’ai tellement eu mal tellement longtemps que j’ai juste arrêté de sentir la douleur. Pis de sentir quoi que ce soit.

Cette année, j’ai pas monté mon sapin de Noël. J’ai même pas pensé à monter mon sapin de Noël. Parce que si je plantais un sapin de Noël dans mon salon ça me rappellerait que le monde continue de tourner en dehors de chez nous et qu’il faudrait vraiment que je me botte le derrière et que j’en fasse partie. Mais ça, ça me fait peur, et je suis tannée d’avoir peur. Pis pour la première fois de ma vie, je ne m’oblige pas à confronter mes peurs, à patauger dans mes bobos, à sentir ma souffrance, à décortiquer, à comprendre. À cheminer à tout prix. Je me donne un break.

Faque ce soir je souhaiterai pas Joyeux Noël à personne et ça me fait pas de peine. Je vais me coucher sereinement sans imaginer que je me couche auprès de quelqu’un comme j’ai eu l’habitude de faire presque toute ma vie, pis ça me fera pas de peine. Pis demain, chez nous, y’aura pas de sapin.

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Ton coeur-porcelaine

Il y avait de l’eau dans tes yeux et tout s’est arrêté. Tu pleurais pas pour moi mais devant moi et c’était suffisant. Je t’ai serré contre moi et j’ai oublié. Il n’y avait que toi et tes larmes et tes cheveux que je caressais et mon envie de te bercer pour toujours comme ça. Je n’étais plus que chaleur et je me suis réchauffée moi aussi. J’ai oublié.

J’ai oublié mon coeur raisin-sec que tu avais laissé se ratatiner pour rien. J’ai oublié mes larmes à moi que je retenais pour pas te faire peur encore. J’ai oublié que j’avais mal moi aussi parce que tu n’es pas que chaleur, que tu es froid même comme un glaçon sauf quand tu as le goût d’avoir chaud dans la chaleur de mon sexe.

Je ne pensais qu’à ton coeur à toi, ton coeur de porcelaine brisée, ton coeur que tu dévoilais. Je l’avais dans mes mains je pouvais sentir ses fissures et j’avais envie de remettre tous ses morceaux en place même si ça prenait toute la vie. J’avais envie de le réparer tout doucement pendant qu’on s’embrassait sur le banc du parc.

J’aime les coeurs brisés parce que je me dis que si un jour j’en répare un il sera à moi et à personne d’autre, que ça sera comme un nouveau coeur qui n’a jamais aimé et qui ne pourra aimer que moi. Que c’est peut-être ma seule chance d’être aimée pour de vrai.

J’ai oublié que c’était à toi qu’appartenait le coeur que j’avais dans les mains. Ça n’avait plus d’importance qui tu étais parce que de toute façon tu n’es qu’une forteresse.

Ce qui importe c’est ce qu’il y a derrière, ce que tu ne montres pas mais qui se trouve au fond de tes pupilles et que tu ne peux pas cacher. Je l’ai vu parce que j’ai regardé longtemps et tu pleurais parce que tu savais ce que j’avais vu, mais aussi parce que ça te faisait du bien que quelqu’un le voit. J’étais contente que tu arrêtes de cligner des yeux et que tu me laisses regarder sans faire semblant qu’il n’y a rien à voir.

Tu me carressais les cuisses, tu avais envie de me prendre et j’avais envie de me donner. C’était pu grave si tu ne voulais pas me voir pour vrai ou tenir mon coeur, pas grave s’il fallait attendre pour qu’on s’en occupe et qu’on le répare, pas grave si ça n’arrivait jamais. Ça m’aurait pas dérangé d’attendre toute la vie pour rien. Tant que je pouvais m’occuper du tien je continuerais d’oublier pis cet oubli là il fait du bien, un peu, pas longtemps mais ça aussi je l’avais oublié. Je me suis accrochée à ça pis à ton cou pis tes hanches que j’ai enlassé de mes jambes pour t’aider à me coucher dans ton lit.

J’ai eu mal encore quand t’es redevenu de glace, quand tu as remis ton coeur dans sa boite en verre à travers laquelle je peux pas m’empêcher de regarder mais que je peux pas ouvrir. J’ai eu mal encore quand j’ai compris que tu ne me laisserais pas le réparer. Que t’avais pleuré surtout parce que je suis pas celle à qui tu t’es montré tellement fort mais qui t’as jamais vu.

Ça me fait de la peine encore mais je commence à me souvenir. De toutes les boites fermées que j’ai fixées avant la tienne. De celles qui se sont ouvertes un peu mais jamais assez pour que je puisse réparer les coeurs-porcelaines à l’intérieur. Des morceaux du mien qu’on a jamais voulu recoller ensemble et que je me suis épuisée à montrer trop fort.

Je me souviens que c’est tragique de vouloir guérir les blessures qui ne sont pas les siennes. Que c’est pas possible de rapiécer un autre coeur que le sien. Je me souviens des fissures qui se dessinent sur le mien chaque fois que je l’oublie. Et que je suis lasse d’attendre qu’on le répare.

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Grabuge

Grabuge, n.m. : [fig] agitation émotive désordonnée découlant d’un moment d’intimité soudain et ambigu.

Y’a plein de voix qui s’obstinent sur ce qu’il faudrait que je dise ou fasse. Sur ce qu’il aurait fallu que je dise ou fasse. Sur ce que je pourrais peut-être encore dire ou faire ou surtout pas dire ou faire ou vraiment arrêter de dire ou de faire. C’est le grabuge.

J’aime pas l’ambiguité. Ça m’angoisse. J’hais ça quand c’est pas clair, surtout au niveau des rapports humains. Faque quand quelqu’un m’intéresse je vais droit au but pis j’attends pas 3 ans ou 3 mois ou même 3 semaines. J’te veux tu m’veux tu toi avec?

Ça chie souvent à ce moment-là. J’pense qu’une fille qui est capable de savoir ce qu’elle veut trop vite pis qui est capable de le dire ça fait peur. J’pense que les gars ont encore besoin de croire qu’un vagin ça se conquiert comme dans les quêtes moyenâgeuses de leurs jeux vidéo.

Ce qui arrive, c’est que quand t’as jamais laissé un gars te manger des yeux longtemps avant de te manger la face ou même te manger des yeux tout court t’es pas mal sûre que ça peut pas arriver. Tu te presses parce que tu te dis que si le gars regarde trop longtemps il va finir par se rendre compte que t’es laide. C’est encore pire j’pense quand la seule personne qui a réussi à te faire sentir belle un bout c’était un sociopathe qui a fini par te dire que t’étais la plus laide au monde finalement.

Pis là y’a eu un gars avec qui on se mangeait des yeux mais c’est tout. Je comprenais rien. Je suis pas bonne avec les jeux de séduction, je fais ça tout croche. J’étais même pas sûre s’il me mangeait des yeux pour vrai ou s’il aimait juste se faire manger des yeux pis manger à qui mieux-mieux tout ce qu’il y a de féminin autour, même moi t’sais.

Ça avait pas l’air d’un sociopathe faque je me suis dit que ça devait être juste dans ma tête pis que je devais pas être spéciale. Mais j’pense que je suis sensible de la rétine émotive pis j’ai eu envie de savoir pour de bon s’il voyait de quoi dans mes pupilles qui lui donnait le goût de plonger dedans. Faque j’ai montré un petit bout de ce qui se voit pas à l’oeil nu pis il a fait pareil pis on a fini vraiment nu de partout les deux en même temps.

C’était le grabuge solide dans ma tête parce que pendant une coupe de jours j’ai pensé que j’étais spéciale pour vrai pis c’est jamais bon quand je pense ça d’habitude je finis toujours par m’apercevoir que je me suis trompée pis ça me fait mal.

Je suis un peu trop habituée à l’ostie de rejet-d’après-baise-du-siècle qui n’a aucun fucking sens avec l’intensité des âmes qui s’abandonnent, qui laissent tomber les masques, qui se montrent vraiment le dedans durant un matin doux pis sucré comme une guimauve. Je me répète toujours que j’ai tort de penser que les gens sont comme moi pis qu’ils font pas ça facilement eux non plus se mettre tout nu dehors comme dedans, pis que je suis pas spéciale juste parce qu’ils le font devant moi. C’est vrai que si y’a ben un moment où tu peux te montrer le dedans sans avoir peur c’est quand quelqu’un promène sa langue partout sur ton corps en feu.

C’est un peu normal en même temps d’être méfiante quand tu vis à répétition le moment où l’autre se fait un devoir de te montrer ton insipidité en ignorant tes textos. À chaque fois, je me dis : j’aurais aimé ça le savoir que j’étais insipide, j’aurais gardé ma nudité pis mon intérieur pour moi pis je me sentirais pas humiliée comme dans les rêves où tu te rends compte que t’as oublié de mettre des culottes et où tout le monde te juge dans le mauvais sens.

Faque devant l’inertie de mon téléphone ma tête a continué à faire son grabuge.

D’un coup qu’il m’ait trouvée laide finalement. D’un coup que mon dedans fite pas avec sa tapisserie émotive pis qu’il ait sourit juste parce que c’est la seule chose que tu peux faire quand t’es pognée toute une nuit avec une fille dans ton lit. D’un coup que sa douceur voulait rien dire, qu’il m’ait serré fort juste parce que ça se fait pas d’être fret pendant. D’un coup que la connexion que j’ai sentie soit juste dans ma tête. D’un coup que les french étaient pas réellement affectueux mais juste sexuels. D’un coup qu’y’en aurait pu jamais.

C’était le grabuge parce que j’étais toujours pas sûre d’être spéciale pour vrai.

Ça serait plus facile, peut-être, si j’apprenais à être toute nue devant du monde qui me font pas vibrer le dedans. Peut-être que c’est moi qui suis off. Peut-être que ça se fait pu de coucher avec quelqu’un parce qu’il te fait triper. Peut-être que ça se fait pu de vouloir se montrer le dedans plus souvent qu’une nuit, assez souvent en fait, pour que l’autre finisse par être capable de te voir le dedans même quand tu essaies pas de lui montrer, que l’autre te comprenne le dedans pis qu’il lui fasse des bisous-guimauves. Peut-être qu’il faudrait que j’arrête d’espérer que mon téléphone s’illumine autant que mes yeux quand je viens de passer la nuit dans les bras d’un homme à me faire croire que je suis la seule à qui il a montré ce qu’il avait au fond des pupilles. Peut-être que je veux trop trop vite.

Pourtant tout ce que je voudrais c’est qu’on arrête de me dire que je suis belle juste la nuit. J’aimerais ça qu’on me le dise le matin, entre deux bouchées de céréales, ou, random de même, en plein milieu de l’après-midi, juste parce que. J’aimerais ça aussi qu’on arrête de me féliciter l’apparence, et qu’à la place, on me dise : t’es belle en dedans. J’aimerais qu’on me le dise pis qu’on me le répète jusqu’à temps que le grabuge s’arrête, pis que je finisse par croire que je suis spéciale pour vrai.

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